17 mars 2018

𝜋


Cette idée vertigineuse : 𝜋 est une suite infinie créant une histoire dont on ne peut être que le témoin. 𝜋 est un poème infini. Une suite de chiffres sans fin, contenant donc toutes les combinaisons possibles. Votre numéro de téléphone, le numéro de votre compte bancaire, vos mots de passe. Votre date de naissance, celle de votre mort aussi. 𝜋 contient tout cela.


(D'après Daniel Tammet.)


Les 2400 premières décimales de 𝜋 : 3,141 592 653 589 793 238 462 643 383 279 502 884 197 169 399 375 105 820 974 944 592 307 816 406 286 208 998 628 034 825 342 117 067 982 148 086 513 282 306 647 093 844 609 550 582 231 725 359 408 128 481 117 450 284 102 701 938 521 105 559 644 622 948 954 930 381 964 428 810 975 665 933 446 128 475 648 233 786 783 165 271 201 909 145 648 566 923 460 348 610 454 326 648 213 393 607 260 249 141 273 724 587 006 606 315 588 174 881 520 920 962 829 254 091 715 364 367 892 590 360 011 330 530 548 820 466 521 384 146 951 941 511 609 433 057 270 365 759 591 953 092 186 117 381 932 611 793 105 118 548 074 462 379 962 749 567 351 885 752 724 891 227 938 183 011 949 129 833 673 362 440 656 643 086 021 394 946 395 224 737 190 702 179 860 943 702 770 539 217 176 293 176 752 384 674 818 467 669 405 132 000 568 127 145 263 560 827 785 771 342 757 789 609 173 637 178 721 468 440 901 224 953 430 146 549 585 371 050 792 279 689 258 923 542 019 956 112 129 021 960 864 034 418 159 813 629 774 771 309 960 518 707 211 349 999 998 372 978 049 951 059 731 732 816 096 318 595 024 459 455 346 908 302 642 522 308 253 344 685 035 261 931 188 171 010 003 137 838 752 886 587 533 208 381 420 617 177 669 147 303 598 253 490 428 755 468 731 159 562 863 882 353 787 593 751 957 781 857 780 532 171 226 806 613 001 927 876 611 195 909 216 420 198 938 095 257 201 065 485 863 278 865 936 153 381 827 968 230 301 952 035 301 852 968 995 773 622 599 413 891 249 721 775 283 479 131 515 574 857 242 454 150 695 950 829 533 116 861 727 855 889 075 098 381 754 637 464 939 319 255 060 400 927 701 671 139 009 848 824 012 858 361 603 563 707 660 104 710 181 942 955 596 198 946 767 837 449 448 255 379 774 726 847 104 047 534 646 208 046 684 259 069 491 293 313 677 028 989 152 104 752 162 056 966 024 058 038 150 193 511 253 382 430 035 587 640 247 496 473 263 914 199 272 604 269 922 796 782 354 781 636 009 341 721 641 219 924 586 315 030 286 182 974 555 706 749 838 505 494 588 586 926 995 690 927 210 797 509 302 955 321 165 344 987 202 755 960 236 480 665 499 119 881 834 797 753 566 369 807 426 542 527 862 551 818 417 574 672 890 977 772 793 800 081 647 060 016 145 249 192 173 217 214 772 350 141 441 973 568 548 161 361 157 352 552 133 475 741 849 468 438 523 323 907 394 143 334 547 762 416 862 518 983 569 485 562 099 219 222 184 272 550 254 256 887 671 790 494 601 653 466 804 988 627 232 791 786 085 784 383 827 967 976 681 454 100 953 883 786 360 950 680 064 225 125 205 117 392 984 896 084 128 488 626 945 604 241 965 285 022 210 661 186 306 744 278 622 039 194 945 047 123 713 786 960 956 364 371 917 287 467 764 657 573 962 413 890 865 832 645 995 813 390 478 027 590 099 465 764 078 951 269 468 398 352 595 709 825 822 620 522 489 407 726 719 478 268 482 601 476 990 902 640 136 394 437 455 305 068 203 496 252 451 749 399 651 431 429 809 190 659 250 937 221 696 461 515 709 858 387 410 597 885 959 772 975 498 930 161 753 928 468 138 268 683 868 942 774 155 991 855 925 245 953 959 431 049 972 524 680 845 987 273 644 695 848 653 836 736 222 626 099 124 608 051 243 884 390 451 244 136 549 762 780 797 715 691 435 997 700 129 616 089 441 694 868 555 848 406 353 422 072 225 828 488 648 158 456 028 50

13 mars 2018

Un accident dans le Pas-de-Calais

La femme s’appelait Laetitia et son fils Dylan. Quand elle est arrivée, l’accident avait eu lieu depuis près d’une heure. Son mari s’était enfui aussitôt après le choc, abandonnant deux autres enfants dans la voiture aux portières bloquées. Il était parti en courant, emmenant son propre gamin et un adolescent l’avait suivi en s’efforçant de le raisonner. L’adolescent était revenu plus tard, mais on n’avait pas revu le père ni le fils, jusqu’à ce que la mère ramène un Dylan hébété. Les deux autres mômes laissés sur place étaient en état de choc, sans qu’on sache tout de suite s’ils étaient gravement blessés ou pas. Ils devaient avoir une douzaine d’années. La fille portait plusieurs plaies sur le menton mais ce qui l’inquiétait vraiment et voilait son regard, c’était la violence supposée de la réaction de sa mère, quand elle saurait. Le garçon hurlait. Il avait autour du cou une large et profonde marque rouge vif, une brûlure due à la ceinture qui lui avait sauvé la vie. La panique s’était emparée de lui et il criait son idée fixe : « Il faut me ramener chez moi, mes parents vont me tuer, faut pas leur dire. » J’avais beau lui expliquer calmement qu’il y avait eu un accident, qu’il n’en était pas responsable et qu’il valait mieux qu’il voit un médecin, il me regardait, suppliant : « Vous comprenez pas, ils vont me tuer. » Beaucoup plus calme, résignée plutôt, la fille confirmait. Sa mère à elle ne comprendrait pas que ce n’était pas de leur faute, à eux les gosses. Ils allaient se faire taper sans qu’on cherche à savoir ce qui avait pu se passer : ils étaient en retard, sanction, coups. Point barre. C’est comme ça qu’ils voyaient venir les choses.

Un homme jeune s’était aussi arrêté, il avait immédiatement compris que le chauffeur était ivre et il avait essayé de le retenir, avait failli prendre un coup et l’avait laissé partir de mauvais gré. Il a déclaré être pompier et a appelé ses collègues. « Ici Jacques N., il y a eu un accident, plusieurs personnes concernées, des enfants, nous sommes à la sortie B. sur la rocade, dans la direction de Bruay. »

Le garçon et la fille ont été pris en charge quelques instants par un couple, dans leur voiture. Les gosses alternaient cris et supplication. « Faut y aller, emmenez-nous, ce n’est pas loin, on doit rentrer chez nous... ». Mais le couple, qui avait été sur le point de partir avec eux, a compris le danger qu’il y avait à emmener des gosses choqués et peut-être blessés plus gravement, n'a pas su gérer les cris et la pression et les a tout bonnement débarqués au bord de l’autoroute et s’en est allé.

La voiture accidentée ronronnait encore, en fait c’était le ventilateur. Mais ça nous a décidés à débrancher la batterie, le jeune pompier et moi. Il a fallu ramper dans la voiture, parmi un bordel incroyable, des tas d’objets hétéroclites, des papiers, des outils, répandus partout, dans une forte odeur de bière. Une canette verte de 50 cl d’Amsterdam Maximator Hyper Strong 11,6% finissait de se vider sur la moquette, juste sous les pédales. Le pompier a réussi à débloquer le capot moteur qui s’était à moitié ouvert sous le choc, nous avons pu l’arracher, j’ai dévissé la masse. C’est en relevant le nez que j’ai vu les deux gosses, seuls au bord de la route, là où le couple qui était censé les protéger  venait de les abandonner une deuxième fois. Le garçon, hagard, les yeux fous, marchait inconsciemment à reculons vers les voies de circulation où passaient des bolides, cherchant à échapper à l’idée que ses parents finiraient par se rendre compte qu’il était en retard. Je l’ai rattrapé de justesse par un bras et je les ai installés tous les deux dans ma propre voiture, avec une couverture, le moteur tournant pour garder la chaleur. Ils claquaient des dents. Ils se sont calmés un peu et ont cherché à négocier encore pour que je les ramène, mais il fallait attendre un médecin et je leur ai longuement expliqué pourquoi, plusieurs fois.

Une demi-heure après l’appel du pompier, personne n’arrivait. J’ai appelé le 112, et obtenu le 15, le SAMU. L’adolescent, Thomas, depuis qu’il était revenu, faisait des allers et retours entre la voiture accidentée pour récupérer ce qui était récupérable et la mienne pour se mettre au chaud. Tous les trois pas, il s’arrêtait et hurlait : « J’vais taper, c’est pas possible, j’vais taper, j’suis mal ! ».  J’ai parlé à la répartitrice du SAMU de trois enfants en état de choc. Elle a essayé de comprendre où nous étions mais les mots « rocade, sortie B., direction Bruay » ne signifiaient rien pour elle : elle voulait absolument un numéro de départementale. Elle m’a finalement mis en relation avec les pompiers, qui, dans leur ambulance, cherchaient depuis un moment le lieu de l’accident. J’ai encore expliqué, clairement, mais ils n’ont toujours pas trouvé et m’ont rappelé quelques minutes plus tard. Pourtant cette rocade est l’axe de circulation principal de la région. A ce moment, les gendarmes arrivaient en Kangoo, on attendait depuis près de trois quarts d’heure et j’ai passé mon téléphone au chef de voiture, un Tintin au visage rond et à houppette, pour qu’il s’arrange avec les pompiers. Peut-être qu’ils ont un langage commun qui m’échappe.

C’est à ce moment-là que Laetitia, la femme du chauffeur enfui, est arrivée, avec leur fils, Dylan. Elle s’est présentée es qualités. Il a fallu s’expliquer plusieurs fois sur ce qui s’était passé, dire que le chauffeur avait filé, qu’il avait laissé sur place plusieurs enfants. Les gendarmes se sont inquiétés de savoir si l’homme était dangereux, ont demandé où il pouvait être passé et, sur les indications de sa femme, sont partis le récupérer, sans s’occuper autrement des enfants réfugiés dans ma voiture.

*

La voiture qui roulait devant moi à 110 km/h avait quitté la rocade en diagonale après un freinage roues bloquées de plus de 80 mètres, dans un nuage de fumée bleue. Elle était passée à travers un panneau indiquant « Le Conseil Général améliore les routes pour votre sécurité », avec une trajectoire rectiligne qui lui avait miraculeusement permis de passer tout juste entre les poteaux métalliques de la structure support, touchant à peine celui de gauche – suffisamment pour le tordre et pour arracher la roue avant. La voiture était passée sous la poutre en acier horizontale, assez basse pour déformer le toit, mais pas assez pour décapiter tout le monde. Dans son élan, elle avait escaladé une butte à forte pente, haute de deux ou trois mètres, et s’y était perchée, plantée sur ses quatre roues, ou ce qui en restait.

Dans la voiture, un chauffeur d’une trentaine d’années, énervé et ivre, paniqué, trois enfants d’une douzaine d’années et un adolescent. Tout le monde choqué, hurlant. Le chauffeur menace un type intervenant en urgence comme moi, puis se sauve avec un des enfants (le sien, apprendra-t-on ensuite), abandonnant les deux autres et l'ado. Bilan immédiat : contusions diverses, enfants traumatisés, risque d’incendie.

Finalement, les pompiers sont arrivés, trois ou quatre ambulances, l’une après l’autre. Les gendarmes ont récupéré le conducteur sur les indications de sa femme et l’ont ramené sur place, se demandant qui devait tester son état alcoolique, eux-mêmes ou les pompiers, avant de l’embarquer en garde à vue. Le type pleurait. J’ai prêté mon téléphone à Laetitia qui n’avait plus de forfait. Elle a appelé l’ancienne compagne du père de la gamine au menton éraflé (il fallait suivre). La mère ne pouvait pas venir, c’est une toxicomane, a dit Laetitia, incapable de sortir de chez elle. Des voisins, des parents, des oncles, même un président de club de foot sont arrivés – tout ce monde choqué, pleurant, parfois hurlant. Laetitia gueulait sur son mari, enfermé dans la Kangoo des gendarmes et maintenant protégé par eux : « T’as gâché ma vie, sale con ! Tu vas aller en taule et c’est bien fait. Mais nous, comment on va faire ? Les enfants et moi, on va crever de faim. T’es vraiment un inconscient, connard. » Et toutes sortes de choses de cet ordre.

La fille de 12 ans restait seule avec son menton contusionné et les douleurs dues à la ceinture. Elle avait occupé la place du milieu, à l’arrière, et n’avait été protégée que par une ceinture ventrale. Le gamin a fini par donner son nom et le numéro de téléphone de sa famille, on a appelé, mais personne n’avait l’intention de venir.

Les gosses ont été pris en charge et examinés par les pompiers. Une heure et demie après l’accident, tout le carrefour était illuminé par les gyrophares oranges et bleus. Chaque enfant, sauf le jeune garçon terrifié, avait fini par trouver un adulte de référence, pour la fillette ça a été la compagne de l’ancien compagnon de sa mère, arrivée en disant qu’il valait mieux que le compagnon en question reste à l’écart : « On sait jamais comment il va réagir. » Le président du club de foot, qui se sentait, à juste titre, responsable d’avoir laissé les enfants revenir chez eux avec un type ivre et dangereux, s’est engagé à s’occuper du garçon et à voir les parents pour éviter un drame supplémentaire.

Un pompier a dit : «  Normalement, c’était un accident à 5 morts. »

31 décembre 2017

Une lettre de Hualien

2017 蘇帆歲末年終回顧
轉眼問,這麼豐富、美麗的 2017 年就要結束了
春天是萬物復甦的季節,墊伏在心中的夢想已悄悄敔動,在南風來臨前,不老水手與年輕水手便開始集訓,天色漸光,夥伴們已開始慢跑、練氣功,調整身體的能量,很辛苦,但為了這一次的遠航,沒有人退縮。南風緩緩吹起了,我們試驗了一艘又一艘竹筏、修正、改良,只期盼在橫渡黑潮,划向與那國島的道路上找回祖先的勇氣與智慧。5 21 ,所有的親朋好友來到蘇帆,一同為這趟旅程祝福。5 23 ,清早兵分兩路,「南風再起」划手們前往花蓮港,乘帆船出發,陸上夥伴則克服了不能失敗的壓力,合眾人之力,奮勇破浪,將竹筏拉出, 在鹽寮外海與划手會合、交接,帆船、獨木舟、竹筏,在海上形成一列壯闊的船隊。這天,艷陽高照,海水閃著迷人的金光。兩日後,「南風再起」團隊,成功抵達與那國島,當地媒體大幅報導。5 28 日所有團員回抵花蓮港。南風再起, 夢想海洋,實現了。
夏天總是在不知不覺中來臨,氣溫漸漸升高,心中的熱血也慢慢沸騰。從六月開始,一連五梯的「不老水手」風雨無阻,在每個週末來到蘇帆,學習海洋知識、獨木舟技巧,也重新找回年輕的自己。更難得的是,不老水手的教練就是不老水手,我們這些青年助教,只能望洋興嘆,懷疑自己今年幾歲。除了不老水手營隊以外,還有花蓮在地的各級學校來到蘇帆進行海洋活動,更有臺灣各地的單位,包括衝浪協會、荒野協會等,都想一探太平洋的魅力。走人基金會的東露台, 迎面而來的就是藍色的海風,在這個開放、自在的空問,每個人都能用自己的方式面對自然、順應自然,想要划船、海泳、溯溪,就隨著自己的心走吧!
時序進人初秋,陽光仍舊炙熱,但閉上眼睛,空氣中卻蘊含著微微的秋意。 九月中旬,六位「黑暗水手」前來蘇帆挑戰自我,起初所有的志工教練們都戰戰兢兢,事前的準備、模擬、叮嚀都再三確認,想像如何在黑暗的世界裡活動,直到我們面對面坐下來,互相握住對方的手,彼此建立起了安定的連結。這幾日, 每位黑暗水手的身邊,至少都有三位以上的人員協助,儘管他們行動速度不比明眼人流暢,短短從露台走往海灘的兩百公尺路程,就耗費了十多分鐘,但沒有人喊苦、沒有人抱怨,我們只擔心他的腳步是否踩穩,他們就是我們的家人。從摸摸海水,到花蓮溪順流划舟,再從水鏈溪口破浪出海,教練們到達定點時,總會懷疑:「可以嗎?可能嗎?,但黑暗水手不因黑暗而恐懼,不因未知而退縮,他們甚至擁有比明眼人更堅強的勇氣,同時也更懂得珍惜身邊的一切,他們的生命中彷彿沒有小確幸,所有的一切,都是大禮物。這趟黑暗之旅,我們得到的,遠遠比給予的多得太多。


冬日的寒風隆隆響起,海面也不再平靜,樹葉都落下避冬,露台旁的「海龜窯」倒是人聲鼎沸。這座窯從春末動工,夏日已烤過無數個比薩,直到中秋團圓聚會時,才掛上由大家票選的「海龜窯」牌匾。窯火溫溫,人情暖暖,在這樣的天氣裡最適合一杯熱茶、一份烤餅。這年來自各行各業的夥伴們,貢獻了各自不同的技能與廚藝,從豪邁吃飽的鹽烤牛排、桶仔雞,到功夫菜拔絲地瓜、開陽白菜,乃至家常的炒飯、炒麵、燙青菜,應有盡有,想要飯後甜點還可選擇可麗露、 瑪德蓮、南棗核桃糕或是戚風蛋糕,來到蘇帆的朋友,沒有吃不飽,只有吃不下, 這些溫暖不應該只儲存在自己的腰問,更應該讓一般民眾都可以感受到蘇帆的溫暖,因此歲末之際,由甜蜜時光主廚尤珠敏師傅開辦了「維尼廚房」,並推出「蘇帆早餐吧」,迴響熱烈,於是南露台前的空地也將重新鋪設為用餐區域,可以在這裡分享更多的故事、更多的溫暖。
轉眼問,這麼豐富、美麗的 2018 年就要開始了!


2017.12.31 冠榮寫於花蓮


30 décembre 2017

Les oiseaux malins

Peut-être un héron ? Non, pas un héron. Je ne sais pas ce que c'est mais cet oiseau est malin.

Elle, c'est une corneille mantelée et elle fait de la luge.

Les avions et les aviatrices

Je ne sais pas si je l'ai déjà dit, mais ce blog aime les avions et les (belles) aviatrices.

08 décembre 2017

Les éléments de la série

– je m'en occupe.
– j'aurais pas tenu la route ces derniers mois si t'avais pas été là.
– il arrive un moment dans la vie où t'en as marre de toutes ces saloperies.
– ça va aller.
– c'est pas vrai ?!
– est-ce que ça va ?
– je vais bien.
– je t'aime mon grand.
– on peut se parler ?
– je t'aime bébé.
– ça va s'arranger.
– trois au tapis, il en reste plus qu'un.
– ça a été ta journée ?
– comment ça s'est passé ?
– je vais arranger ça, ne t'en fais pas.
– encore une rime et je te tue.
– ça va aller, merci. 
Mixez et faites une série de 7 saisons de 13 épisodes, soit environ 90 heures de film. Ces scénaristes sont des génies.

27 novembre 2017

Retour à la vie champêtre

I

Je n’avais aucun penchant pour le train du monde, 
Je n’aimais que les montagnes et les forêts. 
Tombé par mégarde dans les panneaux du siècle,
D’une traite, il m’en coûta trente-cinq années. 

L’oiseau captif songe à son ancien bois,
Les poissons du bassin à la rivière ondoyante ;
Rustique, je reviens enfin à la campagne,
J’espère faire de l’argile une terre arable.

Mon jardin est fait de sept carrés potagers ;
Ma cabane possède à peine deux ou trois chambres ;
Un frêne et un érable donnent un peu d’ombre,
Devant la terrasse, groseilliers et framboisiers.

Au loin, dans la brume, le village et les hommes ;
Sur chaque toit, trainent de lentes fumées,
Le chien du voisin va, aboyant sur les passants ;
Un coq chante, tout à côté d’un cerisier.

Chez moi, rien des grossiers tumultes de la ville ;
Isolé, je laisse le silence envahir la maison de bois.
J’ai longtemps vécu comme en cage ;
Me voici enfin rendu à moi-même. 

II

A la campagne, on ne voit pas grand monde ;
Dans la petite rue passent de rares pèlerins.
En plein jour, souvent, la porte reste close ;
A Cao tang, les mondanités sont exclues !

De temps à autre, gens du village,
Devant la poste, nous nous arrêtons,
Nous retrouvant, parlant du vent sur la colline
Et de la pluie, qui se fait rare. 

Salades et courgettes, jour par jour, ont pu croître,
Carré après carré, mon jardin a grandi ;
Mais j’ai grand’ peur, givre ou grésil venu,
Que les carrés ne disparaissent sous le chiendent. 

III

J’ai semé des pois dans les carrés du sud ;
L’herbe s'est élancée, les semis sont maigres.
Tôt debout pour débroussailler,
Les mains dans les poches, je rentre avec la lune. 

En hiver les travaux du jour : 
Fendre le bois, allumer le feu. 
Le fer de hache vole dans l'air glacé. 
Posée sur le billot, la bûche éclate. 

Forte est la pente et les arbres nus. 
Dans la lumière froide du sous-bois, 
Chaque jour, je monte jusqu'au chemin des Loups. 
Sur le plateau d'Artois, paysage ouvert à l'infini.

IV

Je marche souvent par les monts et par les bois ;
Nos vastes paysages m’enchantent.
Il arrive qu'emporté par un pas, puis un autre 
J'aille jusqu'à la tombe de la sorcière. 

Je laisse le chemin décider, 
Me mener entre cailloux et flaques de boue.
Il reste des vestiges, une petite chapelle.
La grille, fermée, une ruine au bout d'une allée sombre. 

J’interroge un paysan au bord d'un champ :
« Tous ces gens, que sont-ils devenus ? »
Lui, se tournant vers moi, en bouddhiste, répond :
« Tout passe, tout meurt, rien ne demeure. »

Quarante ans changent tout, le village et les gens :
Cet aphorisme-là, certes, n’a pas menti. 
La vie humaine est comme une fumée légère :
Tout finit par s'estomper et se dissiper. 

V  

Morne, seul, avec mon bâton, je rentre
Par les sentiers boueux et épineux.
L’eau du ruisseau est grise et peu profonde,
Et, même bouillie, serait impropre à tout usage. 

Du bon vin apporté de voyages anciens,
Un gravlax et du riz, et j’appelle mes copains. 
Le soleil passe la crête, l’ombre emplit la maison ;
Le feu illumine Cao tang de l’intérieur.

La paix vient ; j’en veux à la nuit trop brève ;
Voici de nouveau que le jour va poindre. 

VI

Les semis de printemps envahiront la serre,
Les tomates vont donner, autant que les poivrons !
Si las que je sois parfois de porter les outils,
Le soir, de vin léger, je sais me réjouir. 

Je fais un dernier tour dans le jour qui décroit,
Revenu dans ma bibliothèque, à ma table, 
Le poème d'un vieux lettré chinois m'attire. 
Je te salue, ami, par-delà dix-sept siècles. 

Si l’on demande ce qu'il me reste à espérer,
Alors que jusqu’à cent ans, il faut travailler : 
Que framboises et tomates, au moins, viennent bien ;
Qu'on puisse faire des confitures et des coulis. 

Tel est simplement le fond de mon cœur. 
Qu’un chemin s’ouvre aux amitiés fécondes ! 


D'après un poème de Tao Yuanming 陶淵明, 365-427, 

À Cao tang 草堂, Pas-de-Calais, 2017


Trois vieillards rient au bord de la rivière