08 décembre 2017

Les éléments de la série

– je m'en occupe.
– j'aurais pas tenu la route ces derniers mois si t'avais pas été là.
– il arrive un moment dans la vie où t'en as marre de toutes ces saloperies.
– ça va aller.
– c'est pas vrai ?!
– est-ce que ça va ?
– je vais bien.
– je t'aime mon grand.
– on peut se parler ?
– je t'aime bébé.
– ça va s'arranger.
– trois au tapis, il en reste plus qu'un.
– ça a été ta journée ?
– comment ça s'est passé ?
– je vais arranger ça, ne t'en fais pas.
– encore une rime et je te tue.
– ça va aller, merci. 
Mixez et faites une série de 7 saisons de 13 épisodes, soit environ 90 heures de film. Ces scénaristes sont des génies.

27 novembre 2017

Retour à la vie champêtre

I

Je n’avais aucun penchant pour le train du monde, 
Je n’aimais que les montagnes et les forêts. 
Tombé par mégarde dans les panneaux du siècle,
D’une traite, il m’en coûta trente-cinq années. 

L’oiseau captif songe à son ancien bois,
Les poissons du bassin à la rivière ondoyante ;
Rustique, je reviens enfin à la campagne,
J’espère faire de l’argile une terre arable.

Mon jardin est fait de sept carrés potagers ;
Ma cabane possède à peine deux ou trois chambres ;
Un frêne et un érable donnent un peu d’ombre,
Devant la terrasse, groseilliers et framboisiers.

Au loin, dans la brume, le village et les hommes ;
Sur chaque toit, trainent de lentes fumées,
Le chien du voisin va, aboyant sur les passants ;
Un coq chante, tout à côté d’un cerisier.

Chez moi, rien des grossiers tumultes de la ville ;
Isolé, je laisse le silence envahir la maison de bois.
J’ai longtemps vécu comme en cage ;
Me voici enfin rendu à moi-même. 

II

A la campagne, on ne voit pas grand monde ;
Dans la petite rue passent de rares pèlerins.
En plein jour, souvent, la porte reste close ;
A Cao tang, les mondanités sont exclues !

De temps à autre, gens du village,
Devant la poste, nous nous arrêtons,
Nous retrouvant, parlant du vent sur la colline
Et de la pluie, qui se fait rare. 

Salades et courgettes, jour par jour, ont pu croître,
Carré après carré, mon jardin a grandi ;
Mais j’ai grand’ peur, givre ou grésil venu,
Que les carrés ne disparaissent sous le chiendent. 

III

J’ai semé des pois dans les carrés du Sud ;
L’herbe s'est élancée, les semis sont maigres.
Tôt debout pour débroussailler,
Les mains dans les poches, je rentre avec la lune. 

En hiver les travaux du jour : 
Fendre le bois, allumer le feu. 
Le fer de hache vole dans l'air glacé. 
Posée sur le billot, la bûche explose. 

Forte est la pente et les arbres nus. 
Dans la lumière froide du sous-bois, 
Chaque jour, je monte jusqu'au chemin des Loups. 
Sur le plateau d'Artois, paysage ouvert à l'infini.

IV

Je marche souvent par les monts et par les bois ;
Nos vastes paysages m’enchantent.
Il arrive qu'emporté par un pas, puis un autre 
J'aille jusqu'à la tombe de la sorcière. 

Je laisse le chemin décider, 
Me mener entre cailloux et flaques de boue.
Il reste des vestiges, une petite chapelle.
La grille, fermée, une ruine au bout d'une allée sombre. 

J’interroge un paysan au bord d'un champ :
« Tous ces gens, que sont-ils devenus ? »
Lui, se tournant vers moi, en bouddhiste, répond :
« Tout passe, tout meurt, rien ne demeure. »

Quarante ans changent tout, le village et les gens :
Cet aphorisme-là, certes, n’a pas menti. 
La vie humaine est comme une fumée légère :
Tout finit par s'estomper et se dissiper. 

V  

Morne, seul, avec mon bâton, je rentre,
Par les sentiers boueux et épineux.
L’eau du ruisseau est grise et peu profonde,
Et, même bouillie, serait impropre à tout usage. 

Du bon vin apporté de voyages anciens,
Un gravlax et du riz, et j’appelle mes copains. 
Le soleil passe la crête, l’ombre emplit la maison ;
Le feu illumine Cao tang de l’intérieur.

La paix vient ; j’en veux à la nuit trop brève ;
Voici de nouveau que le jour va poindre. 

VI

Les semis de printemps envahiront la serre,
Les tomates vont donner, autant que les poivrons !
Si las que je sois parfois de porter les outils,
Le soir, de vin léger, je sais me réjouir. 

Je fais un dernier tour dans le jour qui décroit,
Revenu dans ma bibliothèque, à ma table, 
Le poème d'un vieux lettré chinois m'attire. 
Je te salue, ami, par-delà dix-sept siècles. 

Si l’on demande ce qu'il me reste à espérer,
Alors que jusqu’à cent ans, il faut travailler : 
Que framboises et tomates, au moins, viennent bien ;
Qu'on puisse faire des confitures et des coulis. 

Tel est simplement le fond de mon cœur. 
Qu’un chemin s’ouvre aux amitiés fécondes ! 


D'après un poème de Tao Yuanming 陶淵明, 365-427, 

À Cao tang 草堂, Pas-de-Calais, 2017

Trois vieillards rient au bord de la rivière

15 décembre 2016

Le problème à trois corps

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore découvert, le 5 octobre dernier est paru le roman Le problème à trois corps 三体, de l'écrivain chinois Liu Cixin 刘慈欣, premier tome d'une fascinante trilogie de science-fiction, traduite par Gwenaël Gaffric.

"En traduction, il y a [encore peu de textes taïwanais]. Je ne peux m'empêcher de recommander Wu Ming-yi, dont j'ai eu le bonheur de traduire deux romans (L'homme aux yeux à facettes et Les Lignes de navigation du sommeil). En traduction aussi, Les Survivants de Wuhe (Actes Sud, trad. par E. Lin et E. Péchenart) ou les nouvelles de Hwang Ch'un-ming dans J'aime Mary (Bleu de Chine, trad. par M. Kolatte). En chinois, j'aime bien des auteurs comme Cheng Ching-wen 鄭清文, Lo Yi-chin 駱以軍 ou Kan Yao-ming 甘耀明." (Gwenaël Gaffric)
J'ajouterai que pour moi Li Ang, Le jardin des égarements, chez Philippe Picquier, a été la clé d'entrée dans la compréhension de Taïwan et que, sur place, la mémoire de passages entiers me venait tant la littérature entrait en vibration avec le réel observé.




14 novembre 2016

Il n'y a pas de citoyens inutiles

Il n'y a pas de citoyens inutiles, livre auquel j'ai eu le plaisir de contribuer, vient de recevoir, à travers Pascal Jacob, le prix Pierre Simon – Éthique et société. 
Le prix a été remis à Pascal le mardi 6 décembre 2016 à 18 h 30, à la mairie du 4ème arrondissement de Paris. 

03 novembre 2016

La route du retour

Treize heures de vol pour Vienne, deux pour Paris, récupération de 7 heures de décalage, bientôt à la maison. On part pour l'aéroport à l'instant. Il y aura tant de choses à dire sur Taiwan et les Taïwanais. Je cherche la forme idéale. Bises aux amis :).