15 décembre 2016

Le problème à trois corps

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore découvert, le 5 octobre dernier est paru le roman Le problème à trois corps 三体, de l'écrivain chinois Liu Cixin 刘慈欣, premier tome d'une fascinante trilogie de science-fiction, traduite par Gwenaël Gaffric.

"En traduction, il y a [encore peu de textes taïwanais]. Je ne peux m'empêcher de recommander Wu Ming-yi, dont j'ai eu le bonheur de traduire deux romans (L'homme aux yeux à facettes et Les Lignes de navigation du sommeil). En traduction aussi, Les Survivants de Wuhe (Actes Sud, trad. par E. Lin et E. Péchenart) ou les nouvelles de Hwang Ch'un-ming dans J'aime Mary (Bleu de Chine, trad. par M. Kolatte). En chinois, j'aime bien des auteurs comme Cheng Ching-wen 鄭清文, Lo Yi-chin 駱以軍 ou Kan Yao-ming 甘耀明." (Gwenaël Gaffric)
J'ajouterai que pour moi Li Ang, Le jardin des égarements, chez Philippe Picquier, a été la clé d'entrée dans la compréhension de Taïwan et que, sur place, la mémoire de passages entiers me venait tant la littérature entrait en vibration avec le réel observé.




14 novembre 2016

Il n'y a pas de citoyens inutiles

Il n'y a pas de citoyens inutiles, livre auquel j'ai eu le plaisir de contribuer, vient de recevoir, à travers Pascal Jacob, le prix Pierre Simon – Éthique et société. 
Le prix a été remis à Pascal le mardi 6 décembre 2016 à 18 h 30, à la mairie du 4ème arrondissement de Paris. 

03 novembre 2016

La route du retour

Treize heures de vol pour Vienne, deux pour Paris, récupération de 7 heures de décalage, bientôt à la maison. On part pour l'aéroport à l'instant. Il y aura tant de choses à dire sur Taiwan et les Taïwanais. Je cherche la forme idéale. Bises aux amis :).



01 novembre 2016

Spirale infernale

Je reviens de Taïwan, qui se trouve dans l'aire culturelle chinoise. Pendant des jours, je me suis baladé là où j'ai voulu, quelque soit l'heure, sans jamais avoir besoin de me soucier de ma sécurité. Vous oubliez un portable ou un porte-feuille dans un restaurant, vous revenez deux heures après, l'objet vous attend. Ou bien, si c'est votre téléphone, quelqu'un a appelé parmi les derniers numéros mémorisés pour vous donner un RV afin de vous le remettre. J'ai parlé ailleurs de la possibilité pour les jeunes femmes de s'habiller à leur guise sans être importunées. Vue de loin, comme ça, la France paraît engagée dans un spirale infernale. Les incivilités, euphémisme douteux, sont monnaie courante. Voir un pays où le "vivre-ensemble" ne se perd pas en caricature dans le pourrissement de l'espace public par une minorité agressive rend franchement intolérant à la petite délinquance. La différence est si criante que j'ai eu honte quand là-bas on m'a parlé de cette situation française tellement incompréhensible et que j'ai entendu : "Mais comment vous pouvez laisser faire des choses comme l'agression de touristes ? Même les Champs Elysées sont dangereux !"


Vienne, Autriche

On ne dit plus 謝謝, on dit Dank.

31 octobre 2016

Jonathan Su Fondation face à 太平洋

Nous rencontrons le Professeur Su dans le très élégant et savoureux restaurant d'un hôtel de Hualien. Non seulement, il nous invite à passer quelques jours chez lui, mais il a tenu à ce que la première rencontre ait lieu dans cet endroit réputé. Le Professeur nous invite tous, il paie pour nous, dit Jerry, qui a, à l'égard de l'argent, une attitude bien plus décomplexée que nous, genre USA. 
Pr Su a passé une grande partie de sa vie à Hawaï, où était établie sa famille. Il a eu une carrière de professeur de sport dans une université. On connaît l'importance du sport dans les universités américaines. Il enseignait les sports d'aviron, le kayak de mer. Maintenant, il a une maison de rêve au bord du Pacifique, une maison handmade. Bois, rochers, cordes et noeuds de marins. Ici, Taïwan est océanique. 太平洋 Tàipíngyáng est une personne, un personnage. 太: le plus grand, le plus vieux ; 平 : égal, correct (fair), impartial ; 洋 : océan, vaste. Tàipíngyáng appelle Taiwan et elle se tourne vers le large peuplé d'îles. Des écrivains en parlent, évoqués par @Gwenaël Gaffric lors du colloque "Taiwan est-elle une île ?". Taïwan a ses Nature writers : Syaman Rapongan, un Tao de l'Ile des Orchidées, qui révèle l'archipélagité de l'ensemble taïwanais, Liu Ka-Shiang 劉克襄 , à la poursuite de L'Eternel Albatros (2009), Wu Ming Yi 吳明益 , Tant d'eau si près de la maison 家離水邊那麼近 (2007). 
Pr Su, que tout le monde appelle Slipper parce qu'il ne porte aux pieds que des tongs, quelques soient les circonstances, a consacré sa maison à la Jonathan Su Fondation. Jonathan était son fils, mort adolescent d'un accident de plongée. La Fondation est consacrée à l'éducation à l'Océan. On peut héberger ici une quinzaine de jeunes et avoir avec eux le projet fou de faire le tour de Taiwan en kayak, à l'aviron. On s'entraîne à la japonaise, durement, pendant des mois et on le fait. Un film d'une heure et demie, un livre, en portent la mémoire. Un futur projet est de relier le Nord de Taïwan aux îles les plus au sud du Japon, attachées à la préfecture d'Okinawa. Des japonais viendront au devant de la flottille restreinte pour l'accueillir et l'assister en cas de nécessité. La bureaucratie taïwanaise est tatillonne et complexe. Il faut l'autorisation de 10 bureaux différents pour faire une chose aussi nouvelle, quand on a 9 feux verts, le dixième reste à l'orange un peu trop longtemps et quand il passe enfin au vert, c'est trop tard, d'autres sont revenus au rouge. Alors l'exploit se fera en dehors des bonnes règles administratives. Si on se souvient que les Taïwanais, malgré le nom marin de leur île (台灣, lieu baie), sous la loi martiale, avaient interdiction d'accéder aux côtes — comme à la montagne d'ailleurs, par peur de la constitution de maquis communistes —, tourner ainsi l'île vers l'Océan, c'est lui rendre son identité insulaire. 
L'Océan Pacifique ne l'est pas toujours. Il y a eu quatre typhons rien qu'au mois d'octobre. Hainan, un cinquième, a d'ailleurs bien failli compromettre notre périple mais a eu finalement la gentillesse de passer quelques centaines de kilomètres plus au sud. 
Quatre typhons. Slipper dit : Après le premier typhon, qui a écrasé les bananiers, j'ai nettoyé tout le jardin. Quelques jours après, deuxième typhon. Il a fallu tout nettoyer. C'est comme ça. Troisième typhon. Bon, ça devenait lassant, mais on a nettoyé. Quatrième, on s'est demandé s'il ne suffirait pas d'attendre le suivant. Et puis... on a tout nettoyé quand même. 
Pr Su dit : Mon fils est mort, tout ce que je fais ne le fera pas revenir. Et tout ce qu'il fait évoque la mémoire de son fils. 
On verrait bien Sunflower, la belle personne d'une immense douceur qui partage sa vie, sous le crayon d'Hugo Pratt. Nous partageons un long petit déjeuner, sur cette terrasse qui fait face à l'océan immense et aux mystères de la vie et de la mort, et à travers son sourire et ses mots choisis, toute son humanité rayonne, et celle de Slipper avec elle. Nous buvons ensemble du thé oolong
Le site de la Fondation Jonathan Su : http://jsf.org.tw









We meet with Professor Su in the very elegant and tasty restaurant of a Hualien hotel. Not only does he invite us to spend a few days at his house, but he also insisted that our first meeting be in this renowned place. The Professor invites us all, pays for us, says Jerry, who has a much more uncomplexed, American-like view of money than us. Pr Su lived a part of his life in Hawaii, where his family was. He had a job as a PE teacher in a university. We know how important sports are in American colleges. He taught rowing sports, sea kayak. Now, he has a handmade, wonderful house on the shore of the Pacific Ocean. Wood, rocks, ropes and marine knots. Here, Taiwan is oceanic. 太平洋 Tàipíngyáng is a person, a character. 太: the biggest, the oldest ; 平 : equal, fair, correct, impartial ; 洋 : ocean, vast. Tàipíngyáng calls Taiwan and she turns towards the ocean and its islands.
Authors write about it, mentioned by @Gwenaël Gaffric during the seminar "Is Taiwan an island ?". Taiwan has its nature writers : Syaman Rapongan, a Tao from Orchid Island, who reveals the archipelagity of the Taiwanese isles ; Liu Ka-Shiang 劉克襄 , chasing 永遠的信天翁 , Éternel albatros, 2008 ; Wu Ming Yi 吳明益 , So Much Water So Close to Home家離水邊那麼近 , 2007.
Pr Su, called "Slipper" by everyone because he wears flip-flops whatever the circumstances are, dedicated his house to the Jonathan Su Foundation. Jonathan was his son, who died in his teenage years of a diving accident. The Foundation is dedicated to educate people about the ocean.
Here, one can welcome fifteen young people and make the crazy project of circling Taiwan in a rowing boat. They train in the Japanese fashion, very hard, for months and then they do it. An hour-and-a-half long film and a book keep the memory of this project. The next idea is to row from the north of Taiwan to the southernmost islands of Japan, in the Okinawa district. Japanese boats will come to welcome the small fleet and to help them if needed. Taiwanese bureaucracy is pernickety and complex, and they will need authorizations from ten different offices in order to be allowed to do something that new. And when 9 out of 10 are given, the 10th takes too long to be validated, and when it is some of the others are outdated. So the exploit will be accomplished outside the administrative rules.
If we remember that the Taiwanese, despite the quite marine name of their island (台灣, place bay), had the interdiction, under martial law, to access the coast (and the mountains) in order to impeach the constitution of communist havens, turning the island toward the ocean like this is a very good way to give it back its identity as an island.
The Pacific Ocean is not always pacific. In October, there were four typhoons. Hainan, a fifth one, nearly compromised our trip but was nice enough to go a couple hundred kilometers south. Four typhoons. Slipper says : after the first typhoon, which crushed the banana trees, I cleaned the whole garden. A couple days later, second typhoon. We had to clean everything again. That's how it is. Third typhoon. Well, it started to become wearisome, but we cleaned. Fourth typhoon. We wondered if we couldn't just wait for the next one, and ... we cleaned everything anyway.
Pr Su says : My son is dead, what I do will not make him come back. And everything he does evocates the memory of his son. Sunflower, the beautiful and sweet person who shares his life, could be a Hugo Pratt character.
We share breakfast, on this terrace in front of the immense ocean and the mysteries of life and death, and through her smile and her chosen words, all her humanity resonates, and with it, so does Slipper's. We drink oolong tea together.
Translate from french by Augustin "Pirate" Lesaffre https://www.facebook.com/augustin.lesaffre